Archie Lee Hooker

« Don’f Forget Where You Came From » (N’oublie pas d’où tu viens) chante Archie Lee Hooker.  Et, effectivement, il vient de loin, d’un autre monde qu’on pourrait qualifier de tiers quoique situé dans le pays le plus prospère du globe. Archie Lee est né au coeur du Mississippi Delta, à l’est de Clarksdale, à Lambert, dans le comté de Quitman, l’un des plus pauvres et les moins peuplés de  la région. En 1966, Martin Luther King s’y était rendu et bouleversé par la découverte de la misère qui y régnait, avait décidé que Quitman où la population est noire à 70% serait le point de départ d’une « Poor People March » vers Washington, la capitale fédérale, pour interpeller le gouvernement. Regroupant des milliers de métayers et de militants des droits civiques, elle eut lieu en 1968, sous les lazzis, les quolibets et les insultes des suprémacistes blancs peu de temps après l’assassinat de King à Memphis. Cette terre de détresse est pourtant riche, où une agriculture industrielle, hautement mécanisée produit du coton, du riz, du soja, en quantité. Mais l’emploi a disparu. Seule solution, l’exil.

De nombreux bluesmen  et pas des moindres sont originaires ou ont vécu dans le coin avant de partir vers les grandes villes du nord : notamment le tonton d’Archie, John Lee Hooker; le pianiste Sunnyland Slim; l’harmoniciste James Snooky Prior; et un autre cousin : le slide guitariste Earl Hooker.  Dans la bourgade de Lambert  aujourd’hui en ruines, à où florissaient jadis les juke-joints sur la 8ème rue, un saint homme, le guitariste Johnnie Billlington surnommé Mr Johnnie, revenu de son exil à Chicago, avait ouvert une « Blues academy » pour  garder le blues vivant et aider les jeunes désœuvrés à s’en sortir. La mort de Mr Johnnie en 2013 a mis fin à ce rêve.

« Chilling » est un album dans lequel j’évoque les hauts et les bas de mon existence que j’aimerais partager avec vous.

J’ai quitté les plantations du Mississippi à l’âge de 13 ans pour gagner le nord par la route 49  attiré par  les lumières de la grande cité, Memphis, Tennessee. Depuis le bus Greyhound, comme nous approchions de la ville, je ne pouvais en croire mes yeux; jamais auparavant je n’avais vu de rues goudronnées ou d’éclairage public. C’était un monde totalement nouveau que je découvrais.

Inspiré par la scène musicale de Memphis, il ne m’a pas fallu longtemps avant de rejoindre mon premier groupe de gospel « The Marvellous Five ». Mais chanter le blues et connaitre l’excitation de la vie de musicien, tout ça m’est tombé réellement dessus quand j’ai déménagé chez mon oncle John Lee, le « Boogieman » en personne.

Jour après jour, entourĂ© de musiciens d’exception, j’ai ressenti le besoin d’écrire mes propres textes et de faire partager mon histoire. Les chansons « I’ve Got Reasons » et « 90 Days » Ă©voquent une des plus sombres pĂ©riodes de mon existence qui s’est terminĂ©e quand j’ai enfilĂ© mes pompes de bluesman et embarquĂ© pour une nouvelle vie, direction la France, oĂą j’ai rejoint  Carl Wyatt & the Delta Voodoo Kings pour tourner en Europe.

Par la suite, en choisissant soigneusement mes musiciens, J’ai pu mener à bien mon propre projet. L’alchimie spéciale des membres du groupe a inspiré son nom : Archie Lee Hooker & The Coast to Coast  Blues Band ». Mon voyage n’est pas terminé, mais ce que je vous raconte c’est mon histoire en musique jusqu’à aujourd’hui.

Cet album est dédié à John Lee Hooker qui aurait eu cent ans  le 22 août 2017. 

DISCOGRAPHIE